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International

Les lémuriens, emblème menacé de l'île de Madagascar.


Le 31 Octobre 2016
   



Symbole de l'île, le lémurien est en danger d'extinction. La déforestation grignote son territoire et la faim pousse les populations locales à les chasser pour leur viande. Une résolution internationale pour lutter contre le trafic illégal a été adoptée, hier, en Afrique du Sud.

Le rapport 2014 de l'Union internationale de la conservation de la nature (UICN) a sonné l'alarme?: 94 % des 105 espèces de lémuriens sont encore en danger d'extinction.

Leur milieu naturel, la forêt, ne cesse de reculer. "Alors que les arbres couvraient 26 % de la surface de l'île dans les années 1950, la forêt ne représente plus que 16 % du territoire national aujourd'hui", indique Mathieu Baehrel, directeur de l'ONG Etc Terra, et responsable du PHCF, un programme global de conservation des forêts, sous l'égide de l'Agence française de développement.

La grande pauvreté, la culture sur brûlis et le trafic de bois de rose (qui sert à faire des guitares électriques et des meubles chinois) régnant à Madagascar sont la principale cause de la déforestation.

Depuis la fin des années 1980, les périodes de famines qui reviennent régulièrement poussent les populations locales à briser le "tabou", à chasser les lémuriens pour pouvoir manger de la viande. En latin, lemur signifie "spectre" et certaines des vingt-deux ethnies malgaches considèrent cet animal comme la réincarnation des êtres disparus, donc sacré. Mais la faim est un puissant moteur...


Vendus comme viande de brousse.

En 2009, pour donner l'alerte, l'association locale Fanamby a envoyé des photographies de lémuriens découpés et fumés, vendus comme de la viande de brousse par des trafiquants. Le grand primatologue Russ Mittermeier, ardent défenseur de la faune de Madagascar a donné au scandale une audience internationale. L'animal est protégé depuis 1983, date à laquelle Madagascar a ratifié la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites).

Mais l'instabilité politique qui s'est installée sur l'île depuis le coup d'État contre le président Marc Ravalomanana en 2009, favorise les trafics en tout genre.


Dans la réserve de Nahampoana.

Au sud-est de Madagascar, au nord de Fort-Dauphin, il existe pourtant un petit havre de paix pour les lémuriens, la réserve de Nahampoana. Cette ancienne propriété coloniale, abandonnée à la nature, a été rachetée en 1997 par un homme d'affaires karana (des Indo-pakistanais qui ont conservé la nationalité française après l'indépendance en 1960).

"Lors de l'inventaire de la faune, nous n'avions observé que cinq espèces de lémuriens, trois diurnes et deux nocturnes", se souvient Dauphin Léonard, guide du parc. En 2002, une sixième est arrivée. Je me souviens encore de ma joie lorsque j'ai repéré mon premier lémur bambou, une espèce très timide qui passe sa journée cachée dans les tiges."

Aujourd'hui, avec son collègue Gautier, il veille "sur quatre groupes maintenant. Ils se sentent bien ici, dans leur sanctuaire." Nahampoana est devenu l'atout touristique de ce secteur de l'île. Dans les allées sauvages de la réserve, il suffit de lever la tête vers la cime des kapokiers ou de s'engager dans un nouveau chemin pour observer de facétieux lémurs catta, à la queue annelée, ou le sifaka, adorable peluche blanche.

"Nous les appelons les lémuriens danseurs, à cause de leur déplacement au sol sur leurs grandes jambes", indique Dauphin Léonard. Un animal dont Disney s'est inspiré pour son célèbre film d'animation Madagascar.


Le Madagascar de Disney.

Originaires d'Afrique, les lémuriens forment une espèce endémique à Madagascar qui a évolué en solitaire, une fois franchi le canal du Mozambique. Véritables agents touristiques, ils sont au cœur d'un projet de développement mené par le primatologue Russell Mittermeier?: "Le président Hery Rajaonarimampianina (élu en janvier 2014) se montre ouvert à cet éco-tourisme qui permettrait d'apporter des revenus supplémentaires aux Magalasy (le vrai nom des Malgaches) tout en préservant la faune".

Au niveau international, le comité de décision de la Cites surveille de près ces initiatives de protection. Madagascar, où la corruption semble aujourd'hui aussi endémique que les lémuriens, est une habituée des promesses internationales non tenues.

Mardi, les 152 pays présents à la conférence annuelle qui se déroulait à Johannesburg en Afrique du Sud, ont adopté une résolution pour lutter contre le trafic illégal et la corruption. Une première historique. Et le pouvoir de Tananarive est directement visé.



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