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Santé

La pollution de l'air affecte le cerveau.


Le 20 Octobre 2016
   



Une équipe anglaise dirigée par Barbara Maher, de l'université de Lancaster, en Angleterre, a mis en évidence des nanoparticules de magnétite issues de la pollution atmosphérique dans les tissus cérébraux des habitants des grandes villes. Ces nanoparticules favorisent-elles ou aggravent-elles les maladies neurodégénératives? Pour Anna Bencsik, directrice de recherche à l'Anses, les travaux sur le sujet restent encore balbutiants.


Comment Barbara Maher et ses collègues ont-ils découvert l'origine de ces nanoparticules?

Anna Bencsik : Les scientifiques ont analysé des échantillons de cerveaux issus de 37 personnes décédées, de tout âge, atteintes de maladies neurodégénératives ou non, toutes résidentes dans des villes polluées, Mexico et Manchester. Ils ont établi que la forme, la taille et la composition des nanoparticules de magnétite ne correspondent pas à une origine endogène, c'est-à-dire produites par l'activité métabolique des cellules, mais bien de nanoparticules exogènes produites à haute température, lors d'activités humaines (combustion, trafic automobile...).


En quoi est-ce nouveau ?

Cette étude apporte la preuve que des nanoparticules métalliques issues de l'air pollué arrivent jusqu'à notre cerveau, franchissant la barrière spécifique à cet organe, la barrière hématoencéphalique, pourtant considérée comme efficace vis-à-vis d'agents xénobiotiques.

On peut cependant regretter que seule la région du cortex frontal ait été analysée ce qui ne nous renseigne guère sur les voies d'accès des nanoparticules. De plus, aucun cerveau de personnes vivant dans des zones moins polluées n'a été étudié.


Les auteurs évoquent un lien entre nanoparticules de magnétite et des maladies neurodégénératives. Que sait-on sur le sujet?

Cette étude porte sur la description fine de ces nanoparticules pour définir leur origine et pas sur leur impact sur la santé. De plus, elles ont été retrouvées dans le cerveau de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer mais aussi chez des individus sans maladies neurologiques.

Signalons que nous sommes depuis longtemps entourés de nanoparticules naturelles ou produites par les activités humaines. Et il est reconnu qu'elles sont potentiellement néfastes sous la forme d'aérosols, indépendamment de leur origine. En cas d'inhalation, et du fait de leur très petite taille, elles atteignent les alvéoles pulmonaires où elles provoquent des maladies respiratoires et cardiovasculaires. En revanche, la possibilité d'une atteinte cérébrale n'a été considérée que très récemment, même si on suspectait que leur taille leur permet de pénétrer jusqu'au cerveau en franchissant la barrière hématoencéphalique.


Peut-on relier la présence de cette pollution nanoparticulaire à un risque accru de troubles neurodégénératifs?

Quelques rares études ont tenté d'étudier l'influence d'une pollution atmosphérique sur les troubles cérébraux mais la plupart présente un niveau élevé d'incertitude qui ne permet pas de conclure. En revanche, une étude récente menée aux Etats-Unis suggère un lien possible entre la concentration en nanoparticules dans l'air et le nombre d'admissions en hôpital pour démence. La pollution particulaire accélérerait l'aggravation des maladies neurodégénératives préexistantes, sans doute en participant à l'inflammation des tissus cérébraux.

Malgré tout, le sujet reste peu exploré. L'article de Barbara Maher devrait participer à un éveil des consciences sur l'urgence à soutenir la recherche sur trois axes ?: l'épidémiologie des maladies neurodégénératives en lien avec la pollution nanoparticulaire, la mesure des effets chez l'homme et le développement de modèles expérimentaux d'exposition à la pollution plus réalistes.



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