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International

L'homme vide les océans des grands animaux marins.


Le 16 Septembre 2016
   



D'après une étude américaine, surpêche, chasse et exploitation des océans mettent en danger d'extinction, à une vitesse alarmante, les plus grandes espèces marines.

Requins blancs, baleines, thons rouges, bénitiers... Les grands animaux marins sont menacés d'une extinction sans précédent, dont le principal responsable n'est autre que l'homme. C'est le résultat de l'étude menée par cinq scientifiques américains de l'Université de Stanford, rendue publique ce mercredi 14 septembre dans la revue Science.

Pour arriver à ce résultat, les cinq chercheurs sont partis d'un constat alarmant : la biodiversité terrestre décline très rapidement, et à ce rythme, la sixième extinction de masse pourrait être la pire jamais vécue depuis 550 milliards d'années. En mettant en relation la menace d'extinction et les caractéristiques biologiques (taille, habitat, alimentation, mobilité) de 2 497 mollusques et invertébrés marins (vivants ou disparus), ils ont étudié les modifications de la biodiversité pendant les cinq précédentes extinctions de masse. Ceci grâce aux données de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et à l'analyse de fossiles, qui constituent le vrai point fort de ce rapport selon David Mouillot, professeur à l'Université de Montpellier dans l'UMR Marbec "Biodiversité marine, Exploitation et Conservation". Il souligne en effet l'importance "de la prise de recul, possible grâce à l'analyse des fossiles qui témoignent d'époques antérieures à l'homme, pour juger de ce qui se passe actuellement". Les résultats sont sans appel : 24 à 40% des espèces marines sont vouées à disparaître.


Pêchés pour leur quantité nutritionnelle.

Alors que la planète vit sa sixième extinction de masse, la disparition des grands animaux marins est la première, depuis celle des dinosaures il y a 66 milliards d'années, à être sélective - sur le critère de la taille du corps. Aujourd'hui, si les gros animaux - le plus souvent des prédateurs - s'éteignent 100 à 1 000 fois plus vite qu'au rythme naturel, le réchauffement climatique ne peut plus être considéré comme seul bourreau. Noël Heim, coauteur de l'étude, affirme au Monde que "si cette extinction était uniquement liée au changement climatique, on aurait observé le phénomène de sélection dans le passé, quand les températures étaient bien plus élevées qu'aujourd'hui, ce qui n'est pas le cas".

Verdict : la menace majeure est constituée par l'homme, qui surexploite le système marin depuis des années, à travers la surpêche et la chasse. Et comme il a les yeux plus gros que le ventre, il cible en majorité les créatures les plus volumineuses et nutritives, estime l'étude. Une analyse nuancée cependant dans un rapport de Loren McClenachan, qui met en avant l'importance du marché de la pêche : au-delà de 12 557 dollars le kilo (11 248 euros), la taille de l'animal pêché n'entrerait plus en jeu. Ainsi, l'hippocampe ou le concombre de mer font également partie des espèces les plus prisées de la pêche humaine. Par ailleurs, la surpêche provoque un déplacement vers les profondeurs, de la nourriture des gros animaux marins qui vivent en surface.


Un bouleversement pour la biodiversité marine.

Si les océans modernes venaient à perdre leurs plus grosses espèces, les écosystèmes qui en découlent seraient fortement mis en danger. "Ces grands animaux sont pour la plupart des prédateurs et ont un rôle déterminant au sommet de la chaîne alimentaire", explique David Mouillot, "de véritables "nettoyeurs" qui consomment les animaux les plus faibles ou malades et évitent ainsi la propagation de maladies". La disparition de tels prédateurs pourrait déclencher une réaction en cascade, qui causerait "la disparition ou la prolifération d'autres espèces et déséquilibrerait l'environnement marin", précise le chercheur. Un bouleversement des écosystèmes qui perdurerait des millions d'années, d'autant plus que le même phénomène est observable chez les animaux terrestres, comme le précise l'étude.


Alarmant mais pas irrémédiable.

Pour conclure leur rapport, les scientifiques américains martèlent qu'ils ont de nombreuses raisons d'être pessismistes sur le sort de ces grandes espèces marines. Ils tirent la sonnette d'alarme à l'attention du "business autour de la course à la gestion des mers" et prescrivent un urgent changement, qui se doit d'être d'une ampleur spectaculaire. Une régulation de la pêche qui serait difficile à mettre en place d'après David Mouillot, en raison de la mobilité des animaux qui implique que plusieurs pays se mettent d'accord sur une législation. "Il est plus simple et largement plus efficace de protéger plus de grands espaces marins", tels que la réserve marine inaugurée le 31 août par Barack Obama à Hawaï, estime-t-il. "Le constat de cette étude est inquiétant, confirme David Mouillot, mais de nombreux scientifiques pensent que le pire est derrière nous". Le chercheur français considère que "nous avons tous les outils pour inverser la tendance", des voies d'issue comme la protection des espaces marins, mais aussi la prise de conscience générale ou la vigilance citoyenne.



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