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Écologie

Exposées au plastique, des huîtres ont un taux de fécondation inférieur de 41% à celles non polluées.


Le 11 Février 2016
   



Si l'on en croit Arnaud Huvet, chercheur au Laboratoire de physiologie des invertébrés à l'Ifremer, les ostréiculteurs auraient du souci à se faire...

En 2050, il y aura autant de plastique que de poissons dans les mers du globe. Ce chiffre, dévoilé par la Fondation Ellen MacArthur avec l'aide du cabinet McKinsey, laisse imaginer les impacts que cette prolifération des plastiques pourrait avoir en mer : contamination des espèces marines, dégradation des écosystèmes et perte de revenus et de nourriture pour les milliards d'humains dépendant des ressources marines pour vivre. L'impact sur les huîtres semble anecdotique au regard des 11 milliards d'euros d'impact négatif, d'après les Nations unies, mais pour Arnaud Huvet, chercheur au Laboratoire de physiologie des Invertébrés à l'Ifremer, il est important de comprendre comment les micro-plastiques s'insinuent dans les moindres recoins de la vie marine.


A quel type de pollution avez-vous exposé les huîtres ?

Nous avons exposé des huîtres à des particules de polystyrène, qui font partie des six plus gros déchets plastiques présents en mer. Ils proviennent soit de gros déchets de type bouteilles et emballages qui se fragmentent en micro-plastiques, soit d'entrées directes de particules de micro-plastiques qui viennent des cosmétiques, des eaux usées des machines à laver quand on y met des matières synthétiques et des résidus d'abrasifs industriels utilisés par la plasturgie.


Pourquoi vous être concentré sur les huîtres ?

Les micro-particules de plastique sont ingérées par un grand nombre d'organismes marins. En fonction de leur taille, ils avalent des gros morceaux, comme les sacs plastique pour les baleines, ou de toutes petites particules de l'ordre de 6 microns pour les mollusques. Les huîtres ingèrent des micro-fragments de plastique qui sont de la même taille que le phytoplancton dont elles se nourrissent. L'huître, pour se nourrir, filtre l'eau mais tout ce qui passe au travers de ce filtre est ingéré, y compris les plastiques.


Peut-on redouter une disparition totale des huîtres dans les prochaines années ?

Non, car l'huître se reproduit très vite. Notre étude démontre que des huîtres exposées au plastique ont un taux de fécondation inférieur de 41 % à celles non polluées. Mais même avec cette réduction de la fécondité, il n'y a pas de risque d'extinction. Ce qui est néanmoins inquiétant, c'est l'impact plus global des plastiques sur l'écosystème marin : les huîtres font partie de la chaîne trophique [alimentaire] et in fine, nous en consommons.


Donc aujourd'hui, quand on mange des huîtres, on mange du plastique ?

Je ne suis pas en mesure de l'affirmer car pour le savoir il faudrait connaître le niveau de contamination en plastique des eaux où elles ont vécu. Nous n'avons pas de données qui permettent d'estimer cette contamination, c'est extrêmement compliqué de mesurer et de quantifier des particules si petites. Mais il va falloir le faire.


Que faire aujourd'hui, sachant qu'on ne peut pas nettoyer la mer ?

Ce genre d'étude sert aussi à tirer le signal d'alarme : d'ici à 2025, il y aura 10 fois plus de plastique en mer. Il faut dès aujourd'hui modifier nos usages, ne plus utiliser de sacs plastique qui servent pendant 10 minutes et persistent dans la nature pendant des centaines d'années. ça passe aussi par les industriels, notamment les producteurs de cosmétiques qui se sont récemment engagés à ne plus utiliser de billes de polyéthylène dans leurs produits et à les remplacer par des produits naturels. Il faut que toute la société change pour que la quantité de plastique dans les mers soit en diminution et pas en augmentation.



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