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International

Sous-estimée, la surpêche fait des ravages.


Le 7 Février 2016
   



Les captures mondiales de poissons sont largement sous-estimées et elles déclinent beaucoup plus rapidement que ne le rapportent les statistiques officielles des Nations unies.

Ce constat troublant est celui de l'éminent chercheur Daniel Pauly, de l'Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver. Il vient de publier l'une des plus importantes enquêtes jamais réalisées sur le monde des pêches.

Avec l'aide d'une imposante équipe, Daniel Pauly a passé 15 ans à refaire les calculs des captures mondiales de la pêche dans plus de 150 pays.

" La situation est bien pire qu'on ne le croyait. Il y a une sous-estimation des captures de poissons qui se répète année après année. Entre 1950 et 2010, la moitié des captures mondiales n'a pas été comptabilisée par la FAO. "

Pour le professeur Pauly, ce portrait erroné des prises cache une surpêche dévastatrice. Il masque aussi le déclin de plusieurs stocks de poissons.


Les pêches manquantes.

La FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, publie aux deux ans un portrait de l'état des pêches qui est une référence mondiale. Le problème, c'est que la FAO ne se base que sur les données fournies volontairement par les pays membres de son organisation. Ainsi, des quantités phénoménales de poissons ne sont jamais comptabilisées par l'organisme.

" Les pêcheries enregistrées à la FAO ne sont que les prises qui sont commercialisées. Les pays membres de la FAO déclarent seulement les poissons d'exportation. Ils ne tiennent pas compte, par exemple, des pêches de subsistance. "

Daniel Pauly s'est d'abord attaqué à estimer l'ampleur de ces pêches. Avec ses collaborateurs, il a arpenté les quais et les petits marchés de plusieurs pays en développement. Partout, ils ont questionné les autorités et fouillé les archives locales.

" Dans les pays du Pacifique Sud, par exemple, les gens se ravitaillent auprès de pêcheurs artisanaux. Pour ces pêcheries intérieures, c'est 80 % de leurs prises qui n'apparaissent nulle part et qui ne sont jamais enregistrées. "

Mais il y a beaucoup plus que les pêches artisanales. Pour son enquête, Daniel Pauly a également additionné les captures accidentelles des pêches industrielles. Elles totalisent jusqu'à 10 % des prises mondiales.

Les pêches sportives de plusieurs pays se sont aussi révélées plus importantes que ne le croyait l'équipe du chercheur. L'exemple des Bahamas est éloquent : les prises annuelles pour cette pêche sont 260 % plus importantes que ne le déclarent les autorités.


Des pêches moins durables qu'elles ne le paraissent.

Ce portrait mondial des captures cache une autre vérité. Les stocks sont en plus mauvais état qu'on ne le croyait. Or, la FAO avance que les captures mondiales sont plutôt stables au fil des ans.

" Cette affirmation donne la vision d'une pêche durable parce que les captures ne déclinent pas. Mais le déclin est plus rapide que ne l'estime la FAO depuis les deux dernières décennies. "

Autre découverte : certains pays produiraient de fausses données pour masquer le déclin de leurs stocks.

" L'Indonésie, le Vietnam, la Birmanie et la Chine ont des valeurs beaucoup trop élevées ", affirme le chercheur. " La réalité dans ces pays, c'est que les prises diminuent à cause de la baisse de leurs stocks. Mais c'est masqué par des données fantaisistes que ces pays inventent pour cacher le déclin de leurs pêches "


Des conséquences dévastatrices.

Cette surpêche a des conséquences dévastatrices. Les petits pêcheurs des pays en développement sont souvent les premières victimes de la surpêche. Un milliard de personnes dépendent de la mer pour leur apport quotidien en protéines.

Les pêches excessives ont aussi bouleversé les écosystèmes marins. Elles sont responsables du déclin de plusieurs grands prédateurs comme les thons, les mérous ou les grands requins.

" La pression de pêche actuelle est excessive. On ne pourra reconstruire les stocks qu'en réduisant l'effort de pêche. "


Le moteur de la surpêche.

Pour reconstruire les stocks décimés, le professeur Pauly prône l'arrêt des subventions d'état. Chaque année, les pays industrialisés octroient des milliards de dollars à leurs grands armateurs. Ces subventions sont le moteur de la surpêche.

Il faudra également augmenter le nombre de zones interdites de pêche. Les aires marines protégées ne couvrent actuellement que 3 % des océans dans le monde. Elles sont pourtant essentielles afin de régénérer les stocks en difficulté. Elles servent de refuge et surtout de pouponnière pour plusieurs espèces.

" Au Canada, s'il y avait eu des aires marines protégées pour 20 % des stocks de morue, les zones exploitées se seraient renouvelées grâce aux zones protégées et la morue ne se serait pas effondrée. "

Le chercheur rappelle enfin qu'un virage est nécessaire. Sans une réduction importante de la pêche, les océans continueront de se vider. Et le drame pourrait bien se jouer en silence.

" On aura une dégradation graduelle sans jamais qu'il y ait une fracture marquée. Ce sera une érosion lente et on ne le remarquera pas. "



Source de l'article.


   


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